Critique - Page 3

  • Le tsunami Donny & Marie Osmond déferle sur l'Angleterre

    osmond,donny,marie,show,las vegas,osmondsEn l'éclair d'une soirée, Bournemouth, coquette bourgade maritime du Sud Ouest britannique s'est parée des éclats strass et paillettes, frottée à la poussière d'étoiles de Las Vegas. Si la pluie fouettait les visages, le Bournemouth International Centre avait allumé un feu de cheminée crépitant dont les effets incandescents ont été, vendredi, unanimement savourés par des milliers de fans. Donny & Marie Osmond ont déboulé sur la scène du BIC avec un spectacle taillé à l'américaine, énergisant et efficace à souhait.

    Le duo mythique enjambe avec légèreté et tonicité le cap des 50 années de show-business. C'est à une féerie musicale qu'ils ont convié leurs fans pour leur tournée au Royaume-Uni et en Irlande. Un véritable condensé d'énergie, de sueur, de bonne humeur et d'excellente musique. Tout simplement. Le charisme du duo, sa gentillesse naturelle, son authenticité font toujours mouche et composent les ingrédients indispensables d'une recette magique. On ressort, rassasié et léger, comme après un délicieux repas parsemé de mets fins mais néanmoins riches, nourrissants.

    Si les années 70 ont définitivement l'aspect patiné et délavé du vintage, Donny & Marie, en purs produits des ces années-là, n'en transportent pas du tout la connotation ringarde. Leur spectacle s'adresse à un très large public et le couple livre une vaste palette de l'étendue de ses talents artistiques. Les chansons connues sur le bout des doigts par les fans, sont évidemment égrenées mais ce show ne s'y attarde pas vraiment et place davantage l'accent sur la variété. Les deux font plus que jamais la paire et déclinent, en duo ou en solo, leur savoir-faire scénique. Jamais le mot « performance » n'a pris autant de sens.

    Nostalgie mais pas que !

    On sait qu'à deux années d'intervalle, ils se sont distingués lors de la version américaine de « Dance with the Stars » et personne ne remettrait en doute leur virtuosité dynamique sur la piste de danse. Quand Donny (vainqueur de « Dance with the Stars » en 2009) s'emosmond,donny,marie,show,las vegas,osmondsbarque dans la chorégraphique sautillante de « Yo-Yo » avec des danseurs qui ont vraisemblablement la moitié de son âge, il ne montre aucun signe d'essoufflement ou de faiblesse. Le titre débute de façon classique pour se charger imperceptiblement d'accents vitaminés au pulse bien actuel. « Celebrate » aborde un virage moderne similaire et épouse une poignée de notes à « Celebration » de Kool & the Gang et à « Gangnam style » de Psy – déhanchements chevalins compris – . Marie n'a rien à envier non plus aux nymphettes qui délient leurs corps souples autour d'elle. Et lorsqu'elle empoigne sa guitare électrique, c'est pour se métamorphoser en rockeuse parfaitement crédible. Quinquagénaires bon teint, Donny et Marie apparaissent désormais au sommet de leur forme, physique, psychologique et artistique.

    Essentiellement axé sur la comédie musicale, le show évoque les musicals qui ont jalonné la carrière de la sœur et du frère Osmond : « Beauty and the Beast », « The Sound of Music », « The King and I », « Wicked », « Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat », « Little Johnny Jones », etc. Donny et Marie puisent évidemment aussi dans leur propre répertoire et débitent avec un égal bonheur les incontournables morceaux qui ont fait leurs beaux jours dans les seventies : « I'm leaving it all up to you », « Make the world go away », « Deep Purple », « Morning Side of the Mountain »,...

    55 ans et même pas peur!

    Éternel bourreau des coeurs, Donny joue toujours avec assurance la carte séduction. L'homme est beau et il le sait. Il use de tous ses atouts pour communiquer avec les gens. Il les aime et ses fans le lui rendent bien. Le spectacle fait appel à quasi tous les sens, la vue, l'ouïe bien sûr mais aussi le toucher. Plusieurs dizaines d'admiratrices chanceuses (et quelques veinards aussi...) en font l'expérience. Ils ont pu l'embrasser, le serrer dans leurs bras pendant ses pérégrinations dans la salle alors qu'il roucoulait « The Twelfth of Never ». Donny est comme ça, quand il se donne, c'est tout entier. S'écroulant en nage sur la scène, il sollicite un Kleenex dans l"assistance et s'éponge abondamment le front ruisselant dans le foulard d'une admiratrice. Quelques-unes empocheront même un pass backstage. osmond,donny,marie,show,las vegas,osmonds

    Marie compte sur les quelques hommes qui émaillent par chance cette marée féminine. Un heureux élu aura l'opportunité de chanter et de danser, les paumes plaquées sur les reins de Marie. Un peu plus tard, elle descend dans le public et imprime sa bouche écarlate imprégnée de rouge à lèvres sur le front dégarni d'un quidam.

    Si le show est farci de répliques souriantes et bon enfant, les touches sensibles n'en sont guère absentes. Marie évoque son fils Michael qui s'est donné la mort, il y a deux ans et lui dédie « Pie Jesu ». Feu sa mère rêvait de voir sa fille fouler la scène de l'opéra national. Les nuages de fumée roulent sur le plateau pour s'évanouir aux premiers rangs. De sa voix limpide de soprano, Marie souffle vers le Ciel de généreuses bouffées de notes lumineuses qui plongent le public dans un état proche de l'extase.

    osmond,donny,marie,show,las vegas,osmondsL'autodérision est présente aussi lorsque Donny tombe le masque. Au sens figuré comme au sens propre. Au terme d'une chorégraphie survoltée, Donny se voile la face avec un masque de lui-même, adolescent décochant des sourires sur commande. Il salue et s'écroule, vaincu par l'épuisement, en jetant le masque. Donny n'a sans doute été jamais aussi bien dans sa peau. Son sourire n'a plus rien d'automatique, plus rien de téléguidé. Épanoui, bien installé dans ses 55 ans, l'artiste semble aujourd'hui plus libre de ses mouvements et apprécie la proximité de ses fans. Son statut de superstar des années 70 ne lui a guère monté à la tête et il est désormais plus accessible aujourd'hui qu'il y a quarante ans.

    Il n'y aura pas de rappel. Le show est livré sur mesure. La salle s'éclaire de néons blafards qui nous immergent dans une réalité qui paraît soudain bien tristounette. Et pourtant, la poudre magique s'enflamme et illumine notre âme de mille paillettes dorées qui s'éparpillent en ensemençant nos rêves. Tant que nos "deep purple dreams" vivront, nos lendemains porteront la promesse d'être de "perfect days"...

    © Nadine Lebrun

  • Les Osmond Brothers : le retour avec un nouveau CD

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    Les Osmond Brothers formaient sans doute ce qu'on allait appeler bien plus tard le premier boys band. Dans les années 70,  des cohortes de filles prépubères en furie déferlaient aux concert et s'époumonaient jusqu'à la dernière note de "Crazy horses". L'Osmondmania venait d'être inventée et la frénésie s'étoffait d'accents encore plus incisifs lorsque le jeune Donny, le chouchou du groupe se manifestait en roucoulant le sirupeux "Puppy love" écrit par Paul Anka. Et j'en étais! Les années ont filé mais je n'ai pas oublié cette famille mormone qui faisait battre mon coeur d'adolescente. Et je suis demeurée fan. 

    En avril dernier, alors que trois d'entre eux se trouvaient en tournée en Angleterre, leur dernier album studio était distribué. Si le CD a été largement distribué outre Manche (HMV, l'un des leaders anglais des détaillants en disques le classait en magasin parmi ses meilleures promesses de vente) et ensuite aux Etats-Unis, la sortie de "Can't get there without you" est demeurée confidentielle sous nos latitudes francophones.

    Fin des années 70, les frères Osmond ont disparu de la circulation. Le monde musical avait changé et la famille, grugée par de mauvais conseillers, ployait sous le poids des dettes. Si la flamme pour les Osmonds semblait éteinte dans les contrées francophones, la famille n'a jamais cessé de raviver l'étincelle dans les pays anglo-saxons. Avec bonheur puisqu'aujourd'hui encore, ils font recette partout où ils passent et entretiennent avec tact et amour le contact avec des fans assidus. 

    IMG_6146 (Copier).jpgLeur dernier CD ne rassemble hélas pas toute la famille (à l'exception du mélancolique "Remember me") et pose surtout l'accent sur la voix rocailleuse, dense et pourtant fragile du benjamin Jimmy. L'album présente un  bel aspect d'ensemble, pailleté de morceaux finement ciselés, doux et efficaces qui se fondent dans l'oreille. L'influence country qui imbibait les albums précédents des frères, est ici absente. C'est une pop tranquille, nostalgique façonnée pour capter l'âme. Seul un titre - "Getcha goin' my way" - résonne plus rock et éclatant. Composé dans les années 70, ce morceau n'avait jamais été inclus dans un album mais avait figuré dans la bande son du dessin animé qui leur avait été consacré, à l'instar des Jackson 5. J'ai un faible pour "Take me home", l'une des mélodies les plus suaves de l'album. Question sensation, c'est comme si la chanson me laissait l'empreinte du sel sur la peau lorsque la vague se retire. Seule ombre au tableau : la pochette trop austère, trop sombre et il faut bien le dire, sans grand intérêt graphique. Et sans doute aussi... la tournure un peu succincte du CD qui dure à peine 35 minutes.

    Bien que courte, la promenade musicale est parfumée à souhait d'embruns nostalgiques mais assez modernes pour accrocher un public actuel qui ne les connaît pas. Présents sur scène depuis plus d'un demi-siècle, les Osmonds ont réussi un pari que peu d'artistes parviennent à relever : défier les modes et la dictature musicale. Ecoutez, vous comprendrez.

     

  • Cloclo forever : c'était hier mais aujourd'hui rien n'a changé

    affiche cloclo film claude françois jérémie regnierJ'attendais énormément du film de Florent Emilio Siri "Cloclo" et je n'ai pas été déçue. Oui, j'ai été fan de Claude François (ce qui donne une petite indication sur mon âge) et j'avoue l'être toujours. A 6 ans, j'ai eu la chance d'assister à l'un de ses concerts et même de l'embrasser en lui offrant, émue et timide, mon bouquet de roses. Il avait tout d'un prince charmant pour la petite fille que j'étais. Et pourtant, le long métrage de Siri nous présente avant tout un homme dans toutes ses contradictions, un artiste pétri de doutes ou de certitudes et de ce besoin impérieux d'être aimé. Jamais le cinéaste ne tombe dans l'écueil de la complaisance, ce qui truffe son oeuvre d'authenticité, de réalisme et d'émotions vraies.

    Jérémie Regnier, l'acteur belge qui incarne Claude François livre - on l'a déjà écrit et dit maintes fois - un éblouissant travail d'acteur, tout en subtilité et en sensibilité. Son interprétation est saisissante de vérité parce qu'elle ne bascule pas dans l'excès ou la caricature. On se trouve au-delà de l'imitation pure et simple. La voix n'est sans doute pas ressemblante mais on l'adopte sans problème parce que Regnier mise sur autre chose. Sur l'humanité d'un artiste narcissique certes mais bourré de talent, dégoulinant d'inspiration et palpitant d'émotions à fleur de peau. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Claude François force le respect par sa rage de vaincre. Et si la vie, ce n'est pas du cinéma, la vie de l'idole des favinettes valait bien un film et quel film!

    Le rythme flamboyant de la narration, un casting qui fait mouche et une bande son qui vous donne l'envie de vous trémousser sur votre fauteuil, contribuent à restituer la magie d'un destin qui n'est pourtant pas que jalonné de paillettes. Avec Siri, le mythe est fissuré pour mieux exposer les fêlures d'un homme jaloux, possessif à l'extrême (sa première femme finit par lui préférer Gilbert Bécaud), amoureux transi jamais satisfait, un artiste généreux mais obsédé par son boulot jusque dans sa manie morbide du détail.

    Le film "Cloclo" est sans conteste une belle réussite et ravira les fans autant que les sceptiques. A voir et à revoir pour faire naufrager les papillons de notre jeunesse...

  • Le petit livre bleu : pas de salsepareille pour Antoine Buéno

    Pix253.jpgLa publication du "Petit livre bleu" en juin dernier a provoqué quelques remous dans les médias voire une volée de bois vert chez les aficionados des petits lutins bleus. Pas de quoi fouetter un schtroumpf cependant... L'auteur Antoine Buéno annonce la couleur : son analyse est farcie d'ironie et n'a rien d'un pamphlet contre l'oeuvre de Peyo.

    La société des schtroumpfs serait ainsi un archétype d'utopie totlitaire empreint de stalimisme et de nazisme. Les mots sont ronflants et pourraient dissuader plus d'un lecteur potentiel et pourtant, la lecture de cet opus est jubilatoire.

    Bien sûr, Antoine Buéno pousse le bouchon un peu trop loin mais j'avoue que la caricature tient la route, son argumentation et sa logique étant implacables. Ce maître de conférences à Sciences Po connaît bien l'art de la dialectique et fournit là un livre extrêmement fouillé autant que bourré d'humour.

    Bien que friande de bandes dessinées, je n'ai jamais été fan des schtroumpfs mais le "Petit livre bleu" me donne l'envie de lire les BD dans la chambre de mon fils. Pas pour décrypter les aventures des schtroumpfs avec les lunettes déformantes de Buéno mais pour m'offrir une tranche de fraîcheur mentholée car c'est ainsi qu'il faut lire les schtroumpfs. Sans plus. 

    Iinvité d'un repas chez son ami Franquin, Thierry Culliford, alias Peyo demande au créateur de "Gaston Lagaffe" de lui passer le sel mais le mot lui échappe. "Passe-moi le... schtroumpf!" s'exclame-t-il. Un mythe est né. Un monde rempli d'innocence, de légèreté, de bonne humeur, une société fleur bleue, un monde parfait uniquement troublé par les agissements machiavéliques de Gargamel et de son chat Azraël... Vraiment?

    Pas pour Buéno qui taxe cette communauté gentillette d'antisémite (Gargamel serait la caricature du juif version propagande stalinienne ou hitlérienne et le nom de son chat évoque Israël), de phallocrate (la schtroumpfette n'est-elle pas une créature de Gargamel conçue pour détruire le village peuplé de mâles?), de raciste (les schtroumpfs virent au noir et reviennent à l'état sauvage lorsque le village est touché par une épidémie), de totalitarisme (la figure paternaliste du Grand Schtroumpf cache mal les rouages d'un pouvoir absolu qui fustige la désobéissance, le suffrage "universchtroumpf", l'intellectualisme,...), de... Assez! Tiré par les cheveux, tout ça? Sûrement mais l'analyse vaut la peine qu'on s'y schtroumpfe.

    La communauté des schtroumpfs n'est décidément pas un monde de Bisounours, selon Buéno dont les accents sarcastiques risquent de briser le rêve des admirateurs de l'oeuvre de Peyo. Si vous êtes donc un inconditionnel des schtroumpfs, évitez ce petit livre bleu à la couverture aussi douce que des fesses de bébé schtroumpf... Que le Grand Schtroumpf me croque si je schtroumpfe.   

  • "Les années douces" : quand l'éphémère touche l'éternité

    Jiro Taniguchi, Japon, manga, les années douces, amour, Taniguchi est un orfèvre du manga. Cet artiste a le don de ralentir la course du temps, de figer les meilleurs moments du quotidien. Il étire avec virtuosité les instants éphémères jusqu'à ce qu'ils donnent l'impression de durer une éternité...

    Dans "L'homme qui marche", il  s'attarde, avec l'élégance et la douceur qui caractérisent sa narration, sur les flâneries d'un homme. La saveur du quotidien passe aussi par les papilles du "Gourmet solitaire", une alléchante virée dans les gargotes des quartiers populaires japonais, où chaque plat est prétexte à des impressions, des réminiscences.

    Avec "Les années douces", Taniguchi signe un nouveau chef d'oeuvre imprégné de pudeur, de retenue bien asiatiques. Tiré d'un roman de Hiromi Kawakami, le récit ne se départit pas de l'atmosphère zen qui drape l'oeuvre de Taniguchi. 

    Tsukiko, une trentenaire célibataire rencontre, dans un café, celui qui fut son "maître" en japonais. Il est vieux et veuf, aussi solitaire et singulier qu'elle. Les rendez-vous se multiplient, au gré du hasard. Leur complicité est patente, leur interdépendance, de plus en plus marquée. Tsukiko n'ose pas se l'avouer et pourtant, c'est clair et pur comme de l'eau de roche : il y a plus que de l'affection entre ces deux-là. Les sentiments se révèlent tout en lenteur, tout en légèreté, tout en subtilité. Et c'est ce qui donne à ce manga toute son intensité.

    Jiro Taniguchi, Japon, manga, les années douces, amour, l'homme qui marche, le gourmet solitaire, festival d'angoulême, alph'art, sushi Il ne s'y passe rien d'hors du commun. Les dialogues sont parcimonieux, la ligne est claire et esthétique. Le non-dit remplit l'espace. Et pourtant, la limpidité du récit, la beauté toute simple des émotions vous poussent à tourner les pages avec avidité.

    Pour prolonger le plaisir, on se prendrait presque à freiner son rythme de lecture. On musarde de planche en planche. On collecte les émotions comme on part à la cueillette aux champignons. On  s'imbibe d'une ambiance éthérée qui nous élève.

    Depuis Taniguchi, le manga a gagné le respect et le dessin devient littérature. Les deux tomes des "Années douces" le démontrent encore de façon éclatante. ©

  • "une sacrée mamie" : un sacré manga

    Une-sacrée-mamievol1.jpgIl n'est pas si éloigné que ça le temps où le manga avait mauvaise presse. Le manga était à la littérature ce que la malbouffe était à la gastronomie. En quelques années, le manga -même s'il est encore peu connu et injustement déprécié dans certains milieux- a acquis quelques lettres de noblesse grâce au graphisme élégant et aux scénarios élaborés d'un auteur comme Jiro Taniguchi. Pour l'amateur de BD plutôt classiques que je suis, le trait délicat et juste, la sincérité des émotions, bien dosées, constituent les ferments d'une bonne bande dessinée. Une conception sans doute très occidentale mais que de plus en plus de mangakas adoptent avec un talent étourdissant.

    J'avoue. J'ai craqué pour "une sacrée mamie" de Saburo Ishikawa et Yoshichi Shimada. L'histoire vous instille des milliers de gouttes de fraîcheur et d'innocence bienvenues par les temps qui courent. Mais pas seulement ça. "une sacrée mamie" est, en fait, un roman autobiographique qui vous arrache les tripes et le coeur par la simplicité de son propos.

    Akihiro est un gamin de 8 ans, remuant mais plus ou moins heureux. malgré les soucis de sa mère. Bien en peine de joindre les deux bouts, seule avec ses deux fils, sa mère se voit contrainte de confier Akihiro, le cadet à sa mère qui vit à la campagne. Le bonhomme est littéralement propulsé dans un train par sa mère, et débarque dans un univers rural où ses repères urbains sont brouillés. C'est sans compter sur une grand-mère pas comme les autres, Osano dont le caractère trempé d'une large dose d'humour et d'amour-propre, vient à bout des situations les plus inextricables. La nature et le hasard lui offrent leurs bienfaits, sans contrepartie. Non loin de la maison, la rivière apporte au gré de ses flots, les fruits et légumes flétris dont les maraîchers se débarrassent en amont. "une sacrée mamie" est un désaltérant voyage vers l'enfance, tout en tendresse, tout en subtilités, tout en demeurant universel. Point n'est besoin d'être Japonais pour apprécier le récit. L'enfance est un territoire commun, un pays qui nous relie, et Ishikawa l'a magistralement compris.  

    Bourré de générosité, d'intelligence et de bons sentiments qui sont tout sauf dégoulinants, "une sacrée mamie" est une belle entrée en manga pour qui veut s'essayer aux bulles japonaises. A mettre d'urgence entre toutes les mains et à consommer sans modération pour préserver sa capacité à s'émerveiller.  ©