Livre - Page 2

  • "Soumission" de Michel Houellebecq: des longueurs mais vraisemblant

    PHOa3cea9dc-8f82-11e4-979b-eaeb82fec498-805x453.jpgHouellebecq a, je l'avoue, quelque chose qui m'agace. Son apparente nonchalance? Son je-m'en-foutisme un tantinet ronflant? Ses pantalons toujours trop courts?

    Son style littéraire, trop cérébral, parfois guindé et ses phrases interminables (elles s'étirent parfois sur une quinzaine de lignes) m'ennuient profondément. L'histoire m'a toutefois captivée de bout en bout et m'a déstabilisée par ses accents de vraisemblance. Tout est subtilement construit pour que le lecteur abandonne sans révolte les reliquats de sa civilisation, de sa culture et s'installe dans la normalité d'un Islam modéré.

    Cette oeuvre de politique-fiction suscite énormément d'interrogations, à l'heure où les horizons de l'Europe qu'on a rêvée, demeurent brumeux. A l'heure aussi où les flux de populations déplacées contre leur gré, découvrent une Europe qu'ils croyaient ouverte et accueillante mais qui demeure frileuse à leur égard.

    Houellebecq fait assurément oeuvre de visionnaire avec "Soumission". L'auteur y fourre, avec flegme et détachement, toutes les inquiétudes de notre société occidentale dont les valeurs sont peu à peu métamorphosées. Tout y est exposé de façon neutre, sans critique, sans complaisance. Au lecteur de prendre position,s'il le désire. Ce qui a sans doute valu à Houellebecq d'être taxé d'islamophobe. Ce qu'il n'est pas puisque François, le narrateur (qui ressemble étrangement à son auteur, à mon avis) finit par se convertir à l'Islam pour enseigner à nouveau à la Sorbonne désormais financée par l'Arabie Saoudite.

    Un livre qu'on lit d'une traite, malgré les longueurs, qui vous percute et déclenche votre réflexion et rien que pour ça, "Soumission" vaut la peine qu'on y fourre le nez.

  • "No Steak" d'Aymeric Caron, un livre à dévorer

    aymeric caron,viande,végétarien,vegan,abattoirsChroniqueur mal aimé (trop acerbe?) de l'émission de Laurent Ruquier "On n'est pas couché" et végétarien en plus (voilà qui n'arrange guère son cas), Aymeric Caron signe ici un livre fouillé et militant, que j'ai dévoré de la première à la dernière page. Oui, c'est vrai, je suis déjà acquise à la cause et je ne suis pas certaine que Caron parviendra à convertir la plupart des omnivores mais son argumentation éloquente et ses insupportables descriptions de la mise à mort de l'animal devenu aliment, valent la peine qu'on s'y attarde. Parce que l'animal "désincarné" qui baigne dans la sauce de notre assiette est sans doute davantage qu'un bout de viande.

    L'animal a t-il une conscience? Est-il un être sensible comme nous? Pourquoi l'enfant est-il naturellement dégoûté par la viande? Pourquoi ne tue-t-on pas l'animal qu'on veut manger? Pourquoi fait-on une distinction entre l'animal domestique ou de compagnie et l'animal d'élevage? L'apport de protéines doit-il fatalement passer par la consommation de viande? C'est à ces questions et bien d'autres que Caron tente de répondre.

    La viande est appelée à disparaître de nos assiettes. L'élevage intensif, la démographie galopante et l'enrichissement des nations autrefois économiquement faibles auront raison de notre consommation. Une bonne raison pour diminuer notre consommation de viande et pourquoi pas, de changer de régime...

  • "L'animal est une personne" de Franz-Olivier Giesbert: pas bête!

    9782213685625-X.jpg?itok=3sM4l8VPEnfin, un livre pour la cause animale écrit par un "people", une figure qui a pignon sur médias. J'ai été agréablement surprise par les prises de position de Giesbert envers ceux qu'on appelle bêtement des... bêtes. Même si Franz-Olivier Giesbert avoue être un végétarien "à géométrie variable".

    Du haut de la chaîne alimentaire, nous sacrifions les animaux sous prétexte qu'il nous faut bien manger et tester les médicaments et divers produits qui feront progresser notre humanité. Et pourtant, nous avons tous été témoins des capacités émotionnelles et de l'intelligence des animaux.

    Est-ce la "bête" en nous qui nous pousse à voir en une vache, un cochon, une poule ou un poisson des machines à fournir de la viande, du lait ou des oeufs? "Son [celle de l'animal] existence même lui est déniée et sa désincarnation atteint u tel degré que les industriels parlent de moins en moins de viande, mais par exemple de "minerai" pour désigner la "matière animale" qui comme les objets inanimés, relève du "minéral". Tout lui a été enlevé, la dignité, bien sûr, mais aussi son animalité même."

    La séquence de l'ADN de l'homme et du chimpanzé est identique à 99% et pourtant, l'animal n'a aucun statut juridique. Dingue, non? Combien sommes-nous à chérir un animal de compagnie et à fermer les yeux sur la souffrance que nous imposons au cheptel?

    Qu'on le veuille ou non, les animaux font partie de notre famille et la façon dont nous les traitons révèle aussi notre façon de traiter l'humanité et l'environnement.

    Un bouquin qui se lit vite et qui laisse dans votre âme des questions indélébiles...

  • "La planète au pillage" de Fairfield Osborn: visionnaire

    Un livre troublant qui résonne souvent juste, près de 70 années plus tard. Cet essai de Fairfield Osborn, président de la société zoologique de New York est le premier qui soit éminemment écologique. Notre planète surpeuplée et pillée par l'avidité de l'homme court à sa perte car chaque organisme de la Terre est interdépendant.

    "La terre aujourd'hui appartient à l'homme et par là se trouve posé le problème de savoir quelles obligations peuvent accompagner cette possession sans limites."

    f_osborn.jpgL'auteur y aborde des problèmes d'une actualité brûlante: la famine, la surpopulation anarchique, l'abus et la dangerosité des produits chimiques, la disparition de certaines espèces animales,... Une analyse réalisée au scalpel et résolument prémonitoire.

    Aux côtés d'autres personnalités éminentes, Albert Einstein lui-même a cru bon laisser un avis sur ce livre:

    "On sent d'une façon aiguë en lisant ce livre la futilité de la plupart de nos querelles politiques comparées avec les réalités profondes de la vie."

    L'auteur de "Brave New World" ("Le Meilleur des Mondes") Aldous Huxley en dit:

    "Puisse ce livre retenir l'attention qu'il mérite absolument par la portée suprême du sujet et la lucidité du style."

    En effet.

  • "Au Crazy Love" de Willy Grimmonprez: style limpide et idées noires

    a.jpgL'auteur louviérois publie ici son huitième livre aux Editions Dricot. Si ce chauffeur de bus à la retraite affectionne les atmosphères sombres, le polar qui vient de sortir en librairie, baigne encore plus profondément dans une ambiance glauque, malsaine et délicieusement immorale.

    Willy Grimmonprez connaît bien les ficelles du métier et mène avec tact le lecteur dans les méandres d'une intrigue sordide et riche en rebondissements. Comme d'habitude, son écriture est fluide, simple et l'histoire ne s'embarrasse pas de fioritures. Le ton est résolument noir mais tranche avec la clarté du style. Avec Grimmonprez, on sait où on va, on se laisse mener avec délectation et on tourne les pages avec l'impatience d'un enfant.

    Evidemment, les fidèles de Grimmonprez ne seront pas autant surpris que les autres car la trame et le climat sont semblables à ce qu'il a déjà écrit. On devine un peu ce qui va se passer mais on est accro jusqu'au bout parce que Grimmonprez nous régale toujours. Et le bougre ne dénoue son intrigue que dans les dernières pages. Un polar à lire sous la couette, en une poignée d'heures.

  • "La poupée sanglante" / "La machine à assassiner" de Gaston Leroux: romantisme et steampunk

    hqdefault.jpgCes livres m'ont ramenée à une époque d'insouciance. J'ai, en effet, découvert ces bouquins dans le sillage d'une série française diffusée dans les années 70, "La poupée sanglante". Pour autant que je sache, le feuilleton n'a jamais été diffusé en DVD. Il l'a sans doute été sur cassette VHS mais le tirage a dû être confidentiel car je n'en ai jamais vue. L'histoire est gorgée de douce terreurs et très imprégnée de romantisme gothique. Ce roman (en réalité, en deux parties) est une petite merveille qui emporte le lecteur. Il a tout pour lui : mystère, humour, paranormal, horreur, science fiction... Une perle parfumée à la steampunk!