Opinion - Page 2

  • A vente agressive, consommateurs violents : affûtez plutôt votre sens de l'humour

    On sonne à la porte. Il est jeune. Il a l'oeil arrogant, l'allure carnassière, le rictus naissant de celui qui va bondir sur sa proie. "Gaz, électricité", marmonne-t-il en dissimulant malhabilement l'étiquette sur sa veste rouge. "Vous n'avez pas encore fait le changement?" Je lève un sourcil. En l'espace d'une seconde, je pensais qu'il venait pour relever les compteurs. Il griffonne quelque chose dans son carnet de notes et poursuit. "On n'est pas encore venu chez vous? Vous savez pourtant que les tarifs augmentent l'année prochaine : 15% de plus et vous préférez payer le prix fort... C'est incroyable!"

    En une poignée de mots moqueurs et quelques regards méprisants, il a réussi à me faire passer pour une abrutie. Son ton mordant, ses accents pressants puent la vente agressive. "Je suis libre de faire ce que je veux et de penser par moi-même", ai-je cru bon décocher à cet illuminé qui jette sur de très hypothétiques clients des ombres peu compatibles avec le nom de la société qu'il représente. Je ne la nommerai pas mais vous avez deviné. Il s'éclipse en lançant encore quelques piques, éteignant par la même occasion tout espoir de me convertir en cliente.

    "Je suis bien chez Madame *?" Le brouhaha du plateau téléphonique est perceptible et je flaire déjà l'arnaque. Après autant d'appels, je connais la voix insistante de Sarah et je devine l'intention de ses remplaçants. L'introduction est invariable. Je suis sur mes gardes, j'affûte mes inflexions, j'aiguise mes répliques. C'est plus fort que moi. Je m'énerve. "Vous êtes invitée, chère Madame, à une journée VIP dans un magasin près de chez vous." Cela ne m'intéresse pas mais elle insiste. "Je n'ai rien à vous vendre, seulement une offre à vous faire." Suis-je donc aussi stupide de refuser ce cadeau ? Oui. Je raccroche net en prenant soin de préciser encore et toujours que je ne désire pas être contactée et que je n'achèterai rien. En vain.

    Il paraît même que certaines nouvelles méthodes de vente sont d'une provocation sans bornes. Le démarcheur entre dans la maison sans y être invité, s'assied à votre table et vous prie, l'air dégagé, de vous servir une tasse de café. Que vont-ils encore inventer dans les bureaux de marketing ? Les techniques de vente agressive ne récoltent qu'irascibilité et violence de la part du consommateur. Les plus sereins, les plus doués en humour tireront aisément leur épingle du jeu. "Madame *? Je suis navrée mais elle vient de décéder. Si, si, c'est bien moi." On vous raccrochera au nez vite fait. "Je n'achète plus rien, Madame. J'ai décidé de ne plus consommer, je me consume." C'est une folle, pensera-t-on de vous et on espacera probablement les appels mais on s'obstinera. Les interlocuteurs changeront sans doute mais on s'acharnera. Si vous optez pour l'humour, vous aurez gagné en imagination et en sagesse. Et de consommateur, vous serez passé à producteur d'un commerce plus agréable.

  • L'injustice réveille les volcans

    Moi qui ai toujours eu la fibre écologique, j'en viens à présent à espérer un réchauffement climatique soudain et persistant, sous nos latitudes. Histoire de rendre leur future chaudière à pellets aussi inutilisable que notre convecteur au gaz.

    L'affaire sentait le roussi depuis plusieurs années. Fini de croire au Père Noël! Il ne passera plus par la cheminée... une cheminée du reste inconnue au bataillon des notaires mais utilisée par les divers propriétaires et locataires de deux maisons depuis  plus d'un siècle. Une habitation avec un vice caché dont la vente aurait pu être contestée, s'il n'y avait prescription. Une faille qui a profité à ceux qui sont devenus des adversaires. Un coup de malchance. Une bombe haine qui s'abat sur une famille, une injustice qui embrase deux gamins, qui les marque au fer rouge.

    Gagner un procès, c'est, pour le procédurier, atrophier le peu d'humanité qu'il a... C'est perdre l'estime de ceux qui vivent tout contre ses murs. Pire : c'est perdre le sens de l'amour, sans doute l'essentiel. Mais l'amour est-il encore une valeur refuge de nos jours? Pas sûr.

    Savourent-ils leur lamentable victoire? Celle de vainqueurs sans coeur dont la gloire se résume à avoir raison coûte que coûte au mépris de la compassion.  L'acharnement juridique qui a pour seule vocation d'anéantir son prochain, n'a aucune légitimité parce qu'il nourrit chez ses victimes un esprit de vengeance. 

    Un avocat qui triomphe à la barre, ne fait pas forcément  prévaloir la justice. Il défend des intérêts. Si sa carrière consiste à bâtir une réputation et une fortune sur les ruines fumantes d'une famille qu'il détruit, alors, son existence est creuse, son souffle est vain.  Sans doute ne faut-il pas s'embarrasser de ces considérations lorsqu'on court après l'or...C'est risquer d'avoir une conscience... Et avoir une conscience, cela suppose une âme palpitante, un coeur, de la chaleur humaine. de la profondeur. Et tout ça ne paie pas.

    Vous avez gagné. Oui, vous avez gagné en médiocrité et en cruauté. Vous avez gagné notre mépris. Vous avez fortifié la bêtise humaine et stimulé la haine. Il n'y a pas de fumée sans feu et vous avez jeté de l'huile sur un volcan. Aujourd'hui éteint mais demain?  

  • Journée sans viande : pas si bête!

    big_047-4.png"Manger de la viande, c'est commettre un homicide involontaire", disait Benjamin Franklin. Avec tout ce qu'on sait aujourd'hui, je ne suis pas certaine que l'acte échappe encore à notre volonté. Plusieurs pays participent aujourd'hui à la "journée sans viande" : les Meatless Mondays aux Etats-Unis, les Lundis Sans Viande au Québec, mais aussi en Angleterre, en Hollande, au Brésil, en Finlande, en France... et en Belgique. Mais oui! L'initiative vient de Gand. Une fois de plus, nous ne déployons pas les mêmes tactiques que les autres car il s'agit chez nous du jeudi sans viande : Donderdag Veggiedag ( http://www.donderdagveggiedag.be/ ). Peu importe, c'est l'idée qui mérite réflexion.

    Sans aller jusqu'au végétarisme -quoique la pratique  se verra sans doute généralisée, à l'avenir... question de survie-, la réduction de notre consommation animale vaut la peine qu'on s'y attèle. Sérieusement. De la vache folle à la peste porcine en passant par le poulet à la dioxine, la chair animale est faible. Les nombreux risques sanitaires liés à la consommation excessive de viande ne sont plus à démontrer. 

    En outre, l'exploitation exponentielle de cheptels en Amazonie ou ailleurs menace l'équilibre écologique, déjà fragilisé par toute une série de menaces auxquelles l'homme n'est jamais vraiment étranger. Manger moins de viande, c'est réduire les surfaces d'élevage et laisser la nature jouer son rôle. C'est aussi diminuer les gaz à effet de serre. Entre autres. C'est presque un geste de civisme.

    Dans les pays où la viande, denrée trop chère ou trop rare, ne constitue pas le plat de base, comme en Afrique ou en Asie, l'apport en protéines n'en est pas pour autant négligé et l'on se tourne, depuis belle lurette, vers d'autres sources protéiques, comme les insectes. Les chenilles grillées composent ainsi un aliment très prisé à Kinshasa. Et les insectes grillés sont très appréciés dans les rues de Bangkok. Nos estomacs d'Occidentaux seraient-ils trop délicats ? Tout est question de culture, de mentalité. La sauterelle passera peut-être mieux dans nos gosiers chatouilleux, sous forme de poudre ou de liquide que sous son aspect original ! Car qu'on le veuille ou non, on y passera, un jour ou l'autre. La surface dédiée à la culture et à l'élevage sur notre petite planète n'est pas extensible à l'infini et notre santé en dépend.

    Une journée sans bidoche ? Pas si bête, après tout. On s'y met quand ?©

    Sans titre-Numérisation-13 (Copier).jpgLa révolution passera-t-elle par la "journée sans viande" ? (Benjamin Rabier - Gédéon se marie)