Poivre et miel - Page 4

  • Et on est resté là

    Et on est resté là,
    Enivrés, immobiles,
    A regarder là-bas,
    Vers le ciel tranquille,
    A scruter l'horizon
    Et les nuages roux,
    Souples, soyeux et ronds
    Frôlés par un vent doux.
    On ne pensait à rien,
    Le temps virevoltait,
    Et on se sentait bien.
    Le ciel nous suffisait.
    Et on est resté là,
    Le coeur trempé d'azur
    Et de soleil grenat,
    A se griser d'air pur.
    Sur les chemins du vent
    Parfumé aux embruns,
    Glissait un goéland.
    On avait l'âme à jeun,
    Gourmande d'éphémère,
    D'improbable et d'espace.
    La mer noyait l'amer,
    Les heures s'égrenaient
    Au gré du sable blond.
    Et le temps effilait
    Nos préoccupations.
    On voulait rester là
    Sur le sable, les traces
    Légères de nos pas
    Très lentement s'effacent
    On n'est pas resté là
    Allez savoir pourquoi...
    Poussés par un vent froid,
    On est parti là-bas...
    Sous un ciel terne et gris,
    Il fallait recréer
    L'éclat d'un coloris,
    Sur le vide papier.
    Et j'en suis resté là...©

  • Tout est dit

    Son regard s'embrume
    Les néons s'allument
    Elle caresse le verre glacé
    Et la nuit emporte ses soupirs
    Il fixe le vernis de ses souliers
    Il ne sait que dire
    Il a tout dit
    Et elle aussi
    Il coule un regard gêné vers elle
    Elle balaye d'un geste nerveux une mèche rebelle
    Elle n'a pas trempé ses lèvres dans le verre glacé
    Il a avalé avec peine sa tasse de café
    Elle saisit sa sacoche, prétexte un rendez-vous urgent
    Il jette un coup d'oeil sur sa montre et comme elle, ment
    Et s'envolent tous deux dans des directions opposées
    Le serveur prend la tasse et le verre glacé,
    Essuie la table en un tour de main
    Elle reviendra peut-être demain©

  • Il y en a pour tous, pourquoi se battre?

    Cette planète est capable de porter tout en suffisance pour tous les hommes qui y vivent, si seulement nous comprenions la signification du mot "partage".

  • Être ou avoir, il faut choisir

    Je dépense, donc je suis
    J'amasse et je m'ennuie
    Je suis con, sot et mateur
    J'ai le portefeuille sur le coeur©

  • Solitude

    "Je t'aime". Il débitait la seule prière qu'il connaissait désormais. Inlassablement. Inéluctablement. C'était d'une platitude lamentable mais on n'aurait pu s'exprimer plus clairement, plus universellement.
    "Je t'aime". Cela faisait précisément 37 ans, 21 mois, 9 jours, 5 heures et 32 secondes qu'il récitait cette incantation aussi douce que glaciale. Le temps qui coulait, semblait avoir impitoyablement aspiré tout espoir de passion, toute trace d'émotion, toute tentative d'expression.
    Chaque jour de sa misérable et futile existence,il se suffisait du son de sa voix qui ressassait cette mélopée morose, dépouillée de sentiments et d'intérêt. Cela ressemblait davantage à un hoquet, à une réaction mécanique qu'à une déclaration.
    Le pire dans l'histoire, c'est qu'il avait pour seule réponse, le silence imperturbable d'une chambre vide.
    Devant un miroir fêlé, ultime relique d'une humanité anéantie, le dernier homme chuchotait les derniers mots qui pouvaient encore le réconforter.©

  • Jeter l'ancre

    Jeter l'ancre

    sur le papier blanc

    Couler l'encre

    au fond des océans

    profonds

    de l'âme