Livre

  • "Tintin au pays des soviets" : des goûts et des couleurs

    Tintin a toujours fait partie de ma vie. C'est la première BD que j'ai eue entre les mains et encore aujourd'hui, je ne trouve rien de plus délassant que de relire un album du petit reporterQuand j'étais enfant, je passais mon samedi après-midi chez ma grand-mère, à dévorer les albums ayant appartenu à mon père et mon oncle. J'étais fascinée par "Les cigares du pharaon", le plus mystérieux des Tintin pour moi. Et pourtant, il s'agissait de l'édition en noir et blanc mais la bande dessinée était tellement suggestive et exotique que j'en ai gardé des souvenirs colorés. 

    tintin,soviets,hergé,moulinsart,album,bd,bandes dessinées,enfanceMa grand-mère ne possédait pas d'exemplaire de "Tintin au pays des soviets". C'était une rareté dont j'avais vaguement entendu parler. Dans les années 80, j'ai acquis le fac-similé réédité en 1981 et l'ai lu avec ennui. Je n'y retrouvais pas le Tintin que je connaissais ni l'esprit de ses aventures et l'histoire me semblait naïve, grotesque, rocambolesque. Il ne fallait toutefois pas prendre cet album comme les autres parce qu'il ne l'était pas. Hergé lui-même le qualifiait d'"erreur de jeunesse". Il fallait, tout comme "Tintin au Congo", replacer l'album dans son contexte. 

    Colorisé, l'album a gagné en clarté et en lisibilité. Alors qu'il m'avait été pénible de lire le fac-similé, j'ai relu, pour la première fois depuis les années 80, cet album avec un plaisir neuf. Tout d'abord, la colorisation n'avait pas,comme le prétendent certains inconditionnels, altéré ou dénaturé l'oeuvre de Hergé. On est loin de la débauche de couleurs. Les tons sont sobres et en osmose avec l'âme de l'époque. La palette est volontairement limitée et le gris, dominant, les teintes étant pleines mais chaleureuses, sans dégradés, essentiellement dans les tons bruns et bleus. Elles sont au service de la ligne claire et du scénario, même s'il est malhabile et faible. Elles injectent de la lumière là où le récit devient nébuleux, elles apportent de la précision là où le décor est approximatif, et de la consistance là où il y a minimalisme. 

    Quelques tintinophiles indignés croient dur comme fer que l'oeuvre de Hergé est intouchable, qu'elle se suffit à elle-même. C'est une opinion... que je ne partage pas. Si l'oeuvre de Hergé entre dans le domaine public en 2054, il serait question de la publication d'un nouvel album en 2052, aux fins de prolonger les droits d'auteur... On a aussi parlé de la possibilité de mener à terme certaines oeuvres inachevées, à l'instar de "Tintin et le Thermozéro". Le site officiel de Tintin avait évoqué, en 2014, la question et dévoilé trois des huit planches crayonnées. Dans l'immédiat, il n'y aura pas de nouvelles aventures pour Tintin et Milou. Reste à savoir si Tintin signifiera encore quelque chose pour les jeunes lecteurs du futur...

  • Des nouvelles : "Le temps est conté"

    Recueil de nouvelles hésitant entre réel et folie, "Le temps est conté" rassemble des histoires banales qui finissent imperceptiblement par basculer dans le fantastique ou l'absurde. Si vous aimez les monstres, les vampires, les fantômes, les personnalités borderline ou carrément schizophrènes, je vous invite à grappiller quelques pages au creux de mon âme (très perturbée).

  • "Laurent, le pécheur de Laeken" de Mario Daneels: croustillant sans plus

    1489468387.jpgUn bouquin qui se laisse lire mais sans plus. Les révélations croustillantes n'apportent rien, sinon encore plus d'amertume dans le coeur des masses laborieuses. Ce livre a toutefois le mérite d'exister car elle n'est pas si lointaine l'époque où il était interdit de s'exprimer contre la monarchie et ses représentants, sous peine de subir les foudres de la justice. Qu'on puisse désormais critiquer et remettre en question les failles de la royauté, est encourageant et prouve malgré tout qu'on a fait du chemin en matière de liberté de la presse.

    Si l'écriture est résolument accrocheuse, elle pèche par son style parfois maladroit et sa forme (fautes de frappe, chiffres à la place de guillemets). Mario Danneels avait précédemment révélé l'existence de la fille cachée du roi Albert II, Delphine Boël et avec "Laurent, le pécheur de Laeken", l'auteur met le doigt où ça fait mal en suscitant une réflexion sur une institution archaïque (quand bien même la monarchie est constitutionnelle) au XXIe siècle.

    Capricieux et mal aimé, Laurent, le cadet turbulent, l'enfant terrible de la monarchie belge est mis à nu. Il recherche sans cesse l'attention et les honneurs, mais Sa Majesté ne souffre pas qu'on l'égratigne. Ecarté du pouvoir par la suppression de la loi salique, le prince maudit déclare être le premier à être chômeur depuis que sa famille existe. "Savez-vous ce que les Sultans turcs faisaient avec leur deuxième fils? Ils les faisaient jeter, du haut d'un rocher, dans l'eau pour qu'ils ne deviennent pas une menace pour la succession au trône. Mais, dans mon cas, tout cela serait vain parce que je suis suffisamment gras... donc je flotte!"

  • "Fukushima. Récit d'un désastre" de Michaël Ferrier: trop littéraire

    product_9782070137350_195x320.jpgDélicate plume, forcément japonisante que celle de Michaël Ferrier mais le titre est un peu trompeur, un tantinet racoleur aussi. Il faut effectivement atteindre les deux tiers du livre pour que l'auteur s'attache réellement à la catastrophe de Fukushima. Tout en lenteur et avec des mots choisis, l'auteur glisse de l'émotion aux témoignages, en passant par la réflexion philosophique.

    Ce n'est toutefois pas une enquête de type journalistique mais une véritable oeuvre littéraire d'un écrivain qui jette une passerelle entre l'Occident et le Japon.

    A l'heure où la question du nucléaire nous taraude, cet ouvrage nous exhorte à réexaminer nos priorités. L'humanité s'installerait-elle dans une "demi-vie", cet état létal à petites doses... Un état cautionné et administré par les autorités en place, qui révèle l'impuissance de nos sociétés face à ces drames.