Opinion

  • La foi,c'est notre âme à nu

    Si la foi reposait sur l'attitude de certains chrétiens, elle ne serait qu'une vapeur odorante ou pestilentielle mais condamnée à s'effiler vers le ciel et à s'y disperser. Pourquoi certaines personnes qui réclament leur appartenance au christianisme ne font-ils preuve d'aucune humanité, d'aucune compassion...

    Dieu parvient-il encore à reconnaître les siens dans ce fatras religieux qui privilégie l'accoutrement et la tradition au détriment des qualités de coeur? Ce qui nous lie, c'est notre humanité, notre sensibilité et notre capacité d'empathie.

    Si la religion nous écarte de l'autre, elle nous aliène, et elle n'est pas ce qu'elle prétend être, à savoir une relation entre l'homme et le divin, relation tissée d'amour pur. La religion nous rassemble, comme l'indique son étymologie latine "religare" (relier). Par conséquent, ceux qui nous séparent, ceux qui nous ostracisent en vertu de notre apparence, notre culture ou notre orientation philosophique ne pratiquent pas une religion. 

    La foi n'est pas un vêtement qu'on ôte et qu'on change selon les circonstances. La foi, c'est notre âme à nu. Là se trouve le meilleur de nous-mêmes ou le pire... Notre valeur se traduit par notre capacité à diffuser de l'amour, en tant qu'être humains de passage sur la Terre. De passage pour une toute petite période.

  • Cliché de vacances et marc de café

    Profitant d'un long week-end, nous avons fait une virée d'un jour à la mer. Il n'y avait pas foule, ce vendredi mais à en croire les commerçants du coin, les vacanciers allaient investir les plages dès le lendemain.

    Je venais de terminer un délicieux croque Hawaii et sirotais un petit moka, dans la moiteur d'un été iodé. Je savourais une tranche de vie. Sans soucis. Sans bruit. Sauf celui de la mer lointaine qui soupirait tranquillement, des mouettes qui bavardaient et ricanaient,... et de la patronne de la taverne qui philosophait avec des clients.

    Mes portugaises se firent de moins en moins ensablées. "La crise, madame", divulgua-t-elle comme s'il s'agissait d'un secret qu'elle venait de découvrir, "c'est la faute aux journalistes!" Là, je faillis avaler ma gorgée de café de travers. "La crise, ça n'existe pas. On demande du travail partout. Ce sont les chômeurs qui ne veulent pas travailler. Tiens, regardez, moi, madame, je préfère travailler 24 heures sans personnel que de travailler 12 heures avec du personnel!" Elle poursuivait, les bras croisés, fière de ses constatations inédites, tandis qu'un serveur ou une serveuse passait, les bras encombrés de plats.

    Elle chuchota mais sa voix demeurait claire et forte : "La petite jeune fille là-bas, ça va, elle se débrouille mais ne me parlez pas du garçon !" Les clients opinaient du chef. "Enfin... C'est comme ces chômeurs qui prétendent ne pas savoir prendre de vacances. C'est évident ! Ils ne sauraient pas puisqu'ils dépensent tout leur argent à boire de la bière au café du coin." Y'en a peut-être même qui dépensent leurs petits sous chez elle. Tttssstt...

    J'ai toujours apprécié les cafés moka de cet établissement situé sur la digue mais là, le breuvage prenait un goût de cendres... "Regardez-moi comme je dois travailler dur. Du mois de mars à fin septembre. Et puis même si on ne travaille pas, mon mari et moi, on doit toujours régler le loyer chez le propriétaire du bâtiment. Il ne nous en fait pas grâce, même si on ne travaille pas en automne et en hiver. On vit avec ce qu'on a gagné en été, la moitié de l'année. Et si on se casse une jambe, eh bien, nous, on est des indépendants et on doit continuer à travailler avec la jambe cassée..." Les malheureux ! Tiens, j'en avais les bras coupés.

    Et tous ces journalistes qui sapent le moral de ces braves commerçants avec une crise qui n'existe même pas ! Et tous ces chômeurs qui consomment bières sur bières pour alimenter l'économie des petits aubergistes ! Et... Ah, j'ai eu ma dose de clichés. Je ne pensais pas en ramasser une telle salve, le temps d'une dégustation  gâchée de caoua. Les notes de Gainsbourg résonnaient  dans ma tête en quittant la table : "On en a marre de café... Pour tout oublier, on attend que ça se tasse..."

  • Tolérer tout sauf l'intolérable...

    charlie,terrorisme,liberté,pensée,tolérance,religionPrès d'un mois après l'attentat contre Charlie, notre système de pensée est toujours au coeur de la tourmente. D'aucuns en viennent même à se demander si la tolérance ne s'arrête pas là où commence l'intolérance de l'autre. Où commence le blasphème et où s'arrête la tolérance? L'idée qu'il faudrait peut-être se fixer des interdits pour ne pas fouler les suceptibilités de l'autre, fait petit à petit son chemin. La liberté d'expression est sans doute à ce prix mais se poser cette question, c'est comme s'imaginer que l'oiseau peut suspendre son vol aux frontières.

    Bref, s'agit-il de tolérer tout, à l'exception bien entendu de l'intolérable?

    Certains soutiennent, en effet, que la liberté d'expression doit faire preuve de retenue lorsqu'il s'agit de religion. S'il est une limite à la liberté d'expression, pourquoi s'arrêter en si glissante pente et ne pas s'accorder davantage de libertés... D'accord pour parler de tout sur tous les tons mais pas question d'aborder la spiritualité (trop subversif), la politique (l'autorité, ça se respecte, un point, c'est tout), la publicité (garante de la consommation, donc de la croissance économique) et tutti quanti. Evacuer certains sujets sensibles, c'est malgré tout étrangler la liberté de parole, peu à peu mais sûrement. Si selon quelques-uns, la religion est sacrée, pour d'autres, c'est la liberté d'expression qui l'est.

    Toutefois si ma liberté ne peut souffrir de limites, elle peut rapidement en devenir envahissante et ironiquement restreindre celle des autres. Ce qui fait dire au bon sens que ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui. Faut-il alors se résoudre à éviter de rire de ou même de s'exprimer sur la religion, sous prétexte qu'on empiète sur la liberté de l'autre? La foi fait-elle partie intégrante de l'individu, à un point tel qu'on ne peut en parler sans meurtrir l'homme?

    Depuis la nuit des temps, la spiritualité est indissociable de l'humain. La pensée monolithique des temps ancestraux a progressivement fait place à un foisonnement d'idéologies. Aujourd'hui, l'homme s'est forgé sa propre religion. Ou pas. La religion est devenue à l'image de la société : individuelle, délocalisée, en kit, choisie, adaptée, métissée. Mais pour certains, elle est diluée dans l'identité. En l'absence de valeurs et de repères, certains s'accrochent à la spiritualité comme à une bouée de sauvetage. Et pendant ce temps, les requins rodent...

    Evacuer le "spirituel" de la spiritualité (ou ôter le "religieux" de la religion), c'est se mettre le doigt dans l'oeil. Croire qu'on peut parler à la place de Dieu et qu'on détient la vérité,  ce n'est pas de la liberté d'expression. C'est de l'obscurantisme. La haine n'est pas une forme d'expression. C'est une forme d'extinction. Extinction des lumières, des libertés, de l'essence même de la nature humaine. L'homme est bien la seule espèce au monde qui scie la branche sur laquelle il se repose. A propos... Le Journal de la Science vient de livrer les résultats d'une étude américaine selon laquelle la nature, l'art et la spiritualité seraient d'excellents anti-inflammatoires naturels. Quand on vous dit qu'il est bête de scier cette branche!

    (Illustration: Voltaire : "Traité sur la tolérance")

  • J'ai les doigts tachés d'encre et l'âme gonflée de sang

    JesuisCharlie.jpgC'est vrai, j'ai déserté les lieux depuis un certain temps mais là, je suis écoeurée. J'ai la plume meurtrie et les ailes coupées. Je ne réalise pas toujours la chance que j'ai de vivre dans un pays où la liberté d'expression et les valeurs humanistes ont encore un sens. Qu'une poignée de fous sanguinaires balayent d'un revers de kalachnikov, les fondations mêmes de la pensée humaniste, me révulse.

    Comme elle révulse l'âme de millions de gens qui sont désormais Charlie. Depuis mercredi, les mouvements spontanés qui ont déferlé un peu partout dans le monde, ont prouvé que des quidams pouvaient se donner la main et se rassembler sous la bannière "JeSuisCharlie", témoignant par là même que des mots comme solidarité, compassion, tolérance et liberté sont bien à l'épreuve des balles et de la violence.

    Et même si la haine charrie des torrents d'amertume, il n'est pas question de mettre en berne les bannières de la non-violence. Ni de stigmatiser ceux et celles qui pratiquent leur religion dans le respect de l'autre.

    Le musée juif de Bruxelles fut, il y a quelques mois, la cible d'un terroriste. De même que l'école juive de Toulouse, voici presque trois ans. Carnage chez Charlie Hebdo, prises d'otages simultanées dans une imprimerie et dans une supérette juive... Cette fois, le fanatisme (je me refuse de le qualifier de religieux dont l'étymologie se réfère au mot "relier" et renvoie par conséquent aux notions de fraternité et de paix), le fanatisme donc a frappé notre saine propension à l'irrévérence, froissé notre légitime fierté d'individus libres. Des barbares intégristes veulent réveiller nos angoisses et déstabiliser les fondements de la démocratie.

    Ce fascisme gavé par une minorité de meurtriers ne parviendra jamais à anéantir les consciences éveillées ni à museler notre capacité de réflexion et de rire... et même si depuis une poignée de jours, on sait qu'on peut vraiment m705513-charb-dessins.jpg?modified_at=1420643573&width=750ourir de rire. Qui pourrait cependant se targuer de tuer l'humour puisqu'il s'agit du propre de l'homme... L'ère de l'insouciance est sans doute révolue mais pas celle de l'impertinence.

    Si les religions diffèrent dans leurs formes, elles nous fédèrent dans le fond, c'est-à-dire dans les meilleurs aspects de notre humanité. Ne disent-elles pas toutes que Dieu est amour... voire humour? Au nom de quel dieu peut-on massacrer son prochain? Pas une seule pensée, pas une seule intelligence digne de ce nom ne peut justifier l'inhumanité. Ceux qui pensent étouffer la parole d'un revers de fusil, se fourrent le doigt dans l'oeil. On ne dissimule pas la liberté de pensée sous des flaques de sang. On se parle. On s'explique. On se tend la main. On tente de se comprendre. On se respecte.

    Un cri, c'est une bombe. Quand une voix s'éteint, quand un crayon se brise, des clameurs grondent par myriades. La liberté d'expression relève la tête, elle en revient, plus forte, plus déterminée. Les Wolinski, Cabu, Charb et Tignous aux traits d'encre sympathique et les autres, ne sont pas morts. Parce que les armes ne gommeront jamais un dessin. Parce que la parole libre est plus puissante que l'obscurantisme. Les graines de la terreur ont beau être semées, elles ne fleurissent jamais. Jamais.

    (Illustration prémonitoire de Charb provenant du site liberation.fr http://www.liberation.fr/societe/2015/01/07/charb-le-visage-pale-et-perdu-d-un-enfant-triste_1175450)

  • L'obsolescence programmée ou comment planifier la mort des objets dans la société du gaspi

    dyn003_original_322_990_jpeg_2512211_646b1fdccc23373b49c2f69ccece8201.jpgL'aspirateur vous lâche, le frigo exhale son dernier soupir, le lave-linge s'essoufle et s'éteint, la télé affiche un écran noir, la voiture prend sa retraite, déclarée hors usage par le contrôle technique. Les objets de notre quotidien se réparent de moins en moins et se remplacent davantage. Qu'une voiture soit destinée à la casse après dix années de roulage ou qu'une machine à laver soit... lessivée au terme de sept années de services menés tambour battant, personne ne s'en offusque plus.

    Et si tout cela était prévu... J'avoue que l'idée m'a effleurée à plus d'une reprise. Chaque fois qu'un appareil ménager arrive en fin de vie, j'ai toujours cette étrange sensation de ne pas en voir eu pour mon argent. Bizarre, en effet, qu'une machine claque juste quelques semaines après la fin de la garantie. Coïncidence ou intention ?

    L'excellent documentaire "Prêt-à-jeter, l'obsolescence programmée" a levé mes derniers doutes sur le sujet. Depuis les années 1920, les objets sont fabriqués pour avoir une durée de vie limitée. L'objectif étant bien entendu de stimuler la consommation. Mais ce qui semble être une question de logique et de survie du capitalisme, est une aberration : le but de la croissance est de... croître à l'infini. "Un objet qui ne s'use pas est une tragédie pour les affaires", lisait-on d'ailleurs dans une revue en 1928. Aujourd'hui, c'est une tragédie pour l'humanité.

    Consommez, consumez

    Sans titre-Numérisation-35 (Copier).jpgLa masse de nos détritus ne cesse d'enfler, polluant les sous-sols, tuant à petit feu l'environnement et la population tiers-mondiste. En Afrique, jeter est une ineptie. On ne jette pas, on récupère, on répare, on donne une autre vie aux objets. Nos déchets informatiques occidentaux souillent le Ghana où les habitants les recyclent infatigablement. Parce que nos PC, nos imprinantes, nos scanners, nos GSM ne sont pas irrécupérables. Parce que leur usure a été inscrite dans leurs puces. Parce qu'il faut vendre. Encore plus. Toujours plus. Consommez, bon peuple, consumez votre vie et votre planète.

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    Des économistes, comme le Français Serge Latouche, prônent un autre modèle de société : la décroissance.

     

    Le développement débridé de la société de consommation va de pair avec la destruction des ressources naturelles qui ne sont pas inépuisables, estiment les "décroissants". Consommer moins ne peut en tous cas faire de mal à personne. Au contraire. Réduire notre empreinte écologique et contraindre les entreprises à poser l'accent sur la qualité et la longévité du produit ainsi que sur le respect de l'environnement, ne peut certainement faire de tort à l'humanité.

  • Pirater, c'est emprunter : ce n'est pas moi qui le dis, c'est un auteur piraté !

    Je ne me risquerai pas à faire l'apologie du téléchargement illégal. Il est des sujets sensibles qui fâchent. Allez savoir pourquoi on peut être considéré comme un dangereux criminel pour avoir enfreint le droit d'auteur...

    La copie illégale d'oeuvres protégées par le droit d'auteur, est frappée d'une sanction qui oscille entre 500 et 500.000 € et/ou une peine de prison de 3 mois à 2 ans. Sans compter les éventuels dommages et intérêts qui peuvent être réclamés en sus. Fin 2009, la BAF (lisez Belgian Anti-Piracy Federation) flanquait une gifle à un sexagénaire qui écopait de 15 mois de prison pour piratage de film et devait à la BAF des dommages et intérêts de près de 30.000 €. C'est qu'on ne rigole pas avec le droit d'auteur. Ici et ailleurs.

    Les couvertures glacées des magazines people ont beau nous abreuver des excès en tous genres des parvenus du show business. Johnny Hallyday a gagné, l'an passé, 11 millions d'euros. Yannick Noah a écoulé 400.000 exemplaires de son CD "Frontières". Mylène Farmer a vendu 250.000 DVD de son "Stade de France" et presque autant de CD "Bleu Noir". U2 a engrangé 130 millions de dollars, AC/DC, 114 et Lady Gaga a amassé la coquette somme de 62 millions d'euros grâce aux ventes de son album ainsiqu'au succès de sa tournée. Fort bien. J'arrête ici. Il y a bien entendu tous ces artistes qui triment à mort et demeurent des crève-la-faim - la majorité sans doute - mais ce ne sont pas leurs oeuvres qu'on s'arrache sur les sites de p2p.

    Les procès pour piratage donnent toujours l'amère impression que les "victimes" - majors, sociétés de défense des droits d'auteur - récupèrent souvent plus qu'une indemnisation symbolique et que les "coupables", parfois d'honorables citoyens n'ayant jamais rien eu à se reprocher auparavant, passent du jour au lendemain du statut de respectables à bandits de grand chemin virtuel.

    "Le piratage fait vendre" (Neil Gaiman)

    Le piratage serait-il responsable de tous les maux actuels ? Menacerait-il la liberté d'expression par la même occasion ? Pas si sûr.

    Sur http://zine.openrightsgroup.org/features/2011/video:-an-interview-with-neil-gaiman , l'auteur britannique Neil Gaiman, très célèbre dans les pays anglo-saxons pour ses livres de science-fiction et ses oeuvres fantastiques, livre une audacieuse interview à un journaliste du site ORG Zine (Open Rights Group : un groupe indépendant d'origine britannique qui milite pour la protection des données sur Internet). En substance, il affirme que le piratage lui a permis de tripler la vente d'un de ses livres !

    Echanger des livres électroniques sur Internet, c'est semblable à prêter un bouquin à un ami. En Russie où sa littérature se retrouve surtout sur les plateformes d'échanges, sa renommée s'est d'ailleurs répandue telle une traînée de poudre. Un jour alors qu'il donnait une conférence, il a demandé au public de s'exprimer sur son écrivain favori. La majorité a admis que la découverte d'un auteur s'est faite grâce au prêt d'un livre par un ami. Seule une minorité (5 à 10 %) a repéré son auteur favori en poussant la porte d'une librairie.

    Neil Gaiman a poursuivi l'expérience en persuadant son éditeur de mettre son roman "Les dieux américains" en téléchargement gratuit. Ce qui n'a guère empêché les ventes en magasin de progresser. "C'est de la publicité", déclare-t-il. Lorsqu'on a mis l'eau à la bouche d'un internaute, il achète le livre (ou le CD ou le DVD) parce qu'il devient fan. S'il n'aime pas, il n'aurait de toutes façons pas été acheteur. CQFD. Le piratage gonflerait-il donc les ventes ? Pirater équivaudrait-il à emprunter ? Un raccourci que Neil Gaiman, lui, a osé... emprunter.