gainsbourg

  • Cliché de vacances et marc de café

    Profitant d'un long week-end, nous avons fait une virée d'un jour à la mer. Il n'y avait pas foule, ce vendredi mais à en croire les commerçants du coin, les vacanciers allaient investir les plages dès le lendemain.

    Je venais de terminer un délicieux croque Hawaii et sirotais un petit moka, dans la moiteur d'un été iodé. Je savourais une tranche de vie. Sans soucis. Sans bruit. Sauf celui de la mer lointaine qui soupirait tranquillement, des mouettes qui bavardaient et ricanaient,... et de la patronne de la taverne qui philosophait avec des clients.

    Mes portugaises se firent de moins en moins ensablées. "La crise, madame", divulgua-t-elle comme s'il s'agissait d'un secret qu'elle venait de découvrir, "c'est la faute aux journalistes!" Là, je faillis avaler ma gorgée de café de travers. "La crise, ça n'existe pas. On demande du travail partout. Ce sont les chômeurs qui ne veulent pas travailler. Tiens, regardez, moi, madame, je préfère travailler 24 heures sans personnel que de travailler 12 heures avec du personnel!" Elle poursuivait, les bras croisés, fière de ses constatations inédites, tandis qu'un serveur ou une serveuse passait, les bras encombrés de plats.

    Elle chuchota mais sa voix demeurait claire et forte : "La petite jeune fille là-bas, ça va, elle se débrouille mais ne me parlez pas du garçon !" Les clients opinaient du chef. "Enfin... C'est comme ces chômeurs qui prétendent ne pas savoir prendre de vacances. C'est évident ! Ils ne sauraient pas puisqu'ils dépensent tout leur argent à boire de la bière au café du coin." Y'en a peut-être même qui dépensent leurs petits sous chez elle. Tttssstt...

    J'ai toujours apprécié les cafés moka de cet établissement situé sur la digue mais là, le breuvage prenait un goût de cendres... "Regardez-moi comme je dois travailler dur. Du mois de mars à fin septembre. Et puis même si on ne travaille pas, mon mari et moi, on doit toujours régler le loyer chez le propriétaire du bâtiment. Il ne nous en fait pas grâce, même si on ne travaille pas en automne et en hiver. On vit avec ce qu'on a gagné en été, la moitié de l'année. Et si on se casse une jambe, eh bien, nous, on est des indépendants et on doit continuer à travailler avec la jambe cassée..." Les malheureux ! Tiens, j'en avais les bras coupés.

    Et tous ces journalistes qui sapent le moral de ces braves commerçants avec une crise qui n'existe même pas ! Et tous ces chômeurs qui consomment bières sur bières pour alimenter l'économie des petits aubergistes ! Et... Ah, j'ai eu ma dose de clichés. Je ne pensais pas en ramasser une telle salve, le temps d'une dégustation  gâchée de caoua. Les notes de Gainsbourg résonnaient  dans ma tête en quittant la table : "On en a marre de café... Pour tout oublier, on attend que ça se tasse..."

  • Et je sème des grains de pavot sur les pavés

    La classe. Tout simplement.Il n'y a pas de chansons de Gainsbourg que je n'aime pas parce qu'il raconte des histoires à s'adressant au plus profond de votre âme et qu'il se fiche de ce que vous pensez.