intégrisme

  • J'ai les doigts tachés d'encre et l'âme gonflée de sang

    JesuisCharlie.jpgC'est vrai, j'ai déserté les lieux depuis un certain temps mais là, je suis écoeurée. J'ai la plume meurtrie et les ailes coupées. Je ne réalise pas toujours la chance que j'ai de vivre dans un pays où la liberté d'expression et les valeurs humanistes ont encore un sens. Qu'une poignée de fous sanguinaires balayent d'un revers de kalachnikov, les fondations mêmes de la pensée humaniste, me révulse.

    Comme elle révulse l'âme de millions de gens qui sont désormais Charlie. Depuis mercredi, les mouvements spontanés qui ont déferlé un peu partout dans le monde, ont prouvé que des quidams pouvaient se donner la main et se rassembler sous la bannière "JeSuisCharlie", témoignant par là même que des mots comme solidarité, compassion, tolérance et liberté sont bien à l'épreuve des balles et de la violence.

    Et même si la haine charrie des torrents d'amertume, il n'est pas question de mettre en berne les bannières de la non-violence. Ni de stigmatiser ceux et celles qui pratiquent leur religion dans le respect de l'autre.

    Le musée juif de Bruxelles fut, il y a quelques mois, la cible d'un terroriste. De même que l'école juive de Toulouse, voici presque trois ans. Carnage chez Charlie Hebdo, prises d'otages simultanées dans une imprimerie et dans une supérette juive... Cette fois, le fanatisme (je me refuse de le qualifier de religieux dont l'étymologie se réfère au mot "relier" et renvoie par conséquent aux notions de fraternité et de paix), le fanatisme donc a frappé notre saine propension à l'irrévérence, froissé notre légitime fierté d'individus libres. Des barbares intégristes veulent réveiller nos angoisses et déstabiliser les fondements de la démocratie.

    Ce fascisme gavé par une minorité de meurtriers ne parviendra jamais à anéantir les consciences éveillées ni à museler notre capacité de réflexion et de rire... et même si depuis une poignée de jours, on sait qu'on peut vraiment m705513-charb-dessins.jpg?modified_at=1420643573&width=750ourir de rire. Qui pourrait cependant se targuer de tuer l'humour puisqu'il s'agit du propre de l'homme... L'ère de l'insouciance est sans doute révolue mais pas celle de l'impertinence.

    Si les religions diffèrent dans leurs formes, elles nous fédèrent dans le fond, c'est-à-dire dans les meilleurs aspects de notre humanité. Ne disent-elles pas toutes que Dieu est amour... voire humour? Au nom de quel dieu peut-on massacrer son prochain? Pas une seule pensée, pas une seule intelligence digne de ce nom ne peut justifier l'inhumanité. Ceux qui pensent étouffer la parole d'un revers de fusil, se fourrent le doigt dans l'oeil. On ne dissimule pas la liberté de pensée sous des flaques de sang. On se parle. On s'explique. On se tend la main. On tente de se comprendre. On se respecte.

    Un cri, c'est une bombe. Quand une voix s'éteint, quand un crayon se brise, des clameurs grondent par myriades. La liberté d'expression relève la tête, elle en revient, plus forte, plus déterminée. Les Wolinski, Cabu, Charb et Tignous aux traits d'encre sympathique et les autres, ne sont pas morts. Parce que les armes ne gommeront jamais un dessin. Parce que la parole libre est plus puissante que l'obscurantisme. Les graines de la terreur ont beau être semées, elles ne fleurissent jamais. Jamais.

    (Illustration prémonitoire de Charb provenant du site liberation.fr http://www.liberation.fr/societe/2015/01/07/charb-le-visage-pale-et-perdu-d-un-enfant-triste_1175450)