liberté

  • Tolérer tout sauf l'intolérable...

    charlie,terrorisme,liberté,pensée,tolérance,religionPrès d'un mois après l'attentat contre Charlie, notre système de pensée est toujours au coeur de la tourmente. D'aucuns en viennent même à se demander si la tolérance ne s'arrête pas là où commence l'intolérance de l'autre. Où commence le blasphème et où s'arrête la tolérance? L'idée qu'il faudrait peut-être se fixer des interdits pour ne pas fouler les suceptibilités de l'autre, fait petit à petit son chemin. La liberté d'expression est sans doute à ce prix mais se poser cette question, c'est comme s'imaginer que l'oiseau peut suspendre son vol aux frontières.

    Bref, s'agit-il de tolérer tout, à l'exception bien entendu de l'intolérable?

    Certains soutiennent, en effet, que la liberté d'expression doit faire preuve de retenue lorsqu'il s'agit de religion. S'il est une limite à la liberté d'expression, pourquoi s'arrêter en si glissante pente et ne pas s'accorder davantage de libertés... D'accord pour parler de tout sur tous les tons mais pas question d'aborder la spiritualité (trop subversif), la politique (l'autorité, ça se respecte, un point, c'est tout), la publicité (garante de la consommation, donc de la croissance économique) et tutti quanti. Evacuer certains sujets sensibles, c'est malgré tout étrangler la liberté de parole, peu à peu mais sûrement. Si selon quelques-uns, la religion est sacrée, pour d'autres, c'est la liberté d'expression qui l'est.

    Toutefois si ma liberté ne peut souffrir de limites, elle peut rapidement en devenir envahissante et ironiquement restreindre celle des autres. Ce qui fait dire au bon sens que ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui. Faut-il alors se résoudre à éviter de rire de ou même de s'exprimer sur la religion, sous prétexte qu'on empiète sur la liberté de l'autre? La foi fait-elle partie intégrante de l'individu, à un point tel qu'on ne peut en parler sans meurtrir l'homme?

    Depuis la nuit des temps, la spiritualité est indissociable de l'humain. La pensée monolithique des temps ancestraux a progressivement fait place à un foisonnement d'idéologies. Aujourd'hui, l'homme s'est forgé sa propre religion. Ou pas. La religion est devenue à l'image de la société : individuelle, délocalisée, en kit, choisie, adaptée, métissée. Mais pour certains, elle est diluée dans l'identité. En l'absence de valeurs et de repères, certains s'accrochent à la spiritualité comme à une bouée de sauvetage. Et pendant ce temps, les requins rodent...

    Evacuer le "spirituel" de la spiritualité (ou ôter le "religieux" de la religion), c'est se mettre le doigt dans l'oeil. Croire qu'on peut parler à la place de Dieu et qu'on détient la vérité,  ce n'est pas de la liberté d'expression. C'est de l'obscurantisme. La haine n'est pas une forme d'expression. C'est une forme d'extinction. Extinction des lumières, des libertés, de l'essence même de la nature humaine. L'homme est bien la seule espèce au monde qui scie la branche sur laquelle il se repose. A propos... Le Journal de la Science vient de livrer les résultats d'une étude américaine selon laquelle la nature, l'art et la spiritualité seraient d'excellents anti-inflammatoires naturels. Quand on vous dit qu'il est bête de scier cette branche!

    (Illustration: Voltaire : "Traité sur la tolérance")

  • J'ai les doigts tachés d'encre et l'âme gonflée de sang

    JesuisCharlie.jpgC'est vrai, j'ai déserté les lieux depuis un certain temps mais là, je suis écoeurée. J'ai la plume meurtrie et les ailes coupées. Je ne réalise pas toujours la chance que j'ai de vivre dans un pays où la liberté d'expression et les valeurs humanistes ont encore un sens. Qu'une poignée de fous sanguinaires balayent d'un revers de kalachnikov, les fondations mêmes de la pensée humaniste, me révulse.

    Comme elle révulse l'âme de millions de gens qui sont désormais Charlie. Depuis mercredi, les mouvements spontanés qui ont déferlé un peu partout dans le monde, ont prouvé que des quidams pouvaient se donner la main et se rassembler sous la bannière "JeSuisCharlie", témoignant par là même que des mots comme solidarité, compassion, tolérance et liberté sont bien à l'épreuve des balles et de la violence.

    Et même si la haine charrie des torrents d'amertume, il n'est pas question de mettre en berne les bannières de la non-violence. Ni de stigmatiser ceux et celles qui pratiquent leur religion dans le respect de l'autre.

    Le musée juif de Bruxelles fut, il y a quelques mois, la cible d'un terroriste. De même que l'école juive de Toulouse, voici presque trois ans. Carnage chez Charlie Hebdo, prises d'otages simultanées dans une imprimerie et dans une supérette juive... Cette fois, le fanatisme (je me refuse de le qualifier de religieux dont l'étymologie se réfère au mot "relier" et renvoie par conséquent aux notions de fraternité et de paix), le fanatisme donc a frappé notre saine propension à l'irrévérence, froissé notre légitime fierté d'individus libres. Des barbares intégristes veulent réveiller nos angoisses et déstabiliser les fondements de la démocratie.

    Ce fascisme gavé par une minorité de meurtriers ne parviendra jamais à anéantir les consciences éveillées ni à museler notre capacité de réflexion et de rire... et même si depuis une poignée de jours, on sait qu'on peut vraiment m705513-charb-dessins.jpg?modified_at=1420643573&width=750ourir de rire. Qui pourrait cependant se targuer de tuer l'humour puisqu'il s'agit du propre de l'homme... L'ère de l'insouciance est sans doute révolue mais pas celle de l'impertinence.

    Si les religions diffèrent dans leurs formes, elles nous fédèrent dans le fond, c'est-à-dire dans les meilleurs aspects de notre humanité. Ne disent-elles pas toutes que Dieu est amour... voire humour? Au nom de quel dieu peut-on massacrer son prochain? Pas une seule pensée, pas une seule intelligence digne de ce nom ne peut justifier l'inhumanité. Ceux qui pensent étouffer la parole d'un revers de fusil, se fourrent le doigt dans l'oeil. On ne dissimule pas la liberté de pensée sous des flaques de sang. On se parle. On s'explique. On se tend la main. On tente de se comprendre. On se respecte.

    Un cri, c'est une bombe. Quand une voix s'éteint, quand un crayon se brise, des clameurs grondent par myriades. La liberté d'expression relève la tête, elle en revient, plus forte, plus déterminée. Les Wolinski, Cabu, Charb et Tignous aux traits d'encre sympathique et les autres, ne sont pas morts. Parce que les armes ne gommeront jamais un dessin. Parce que la parole libre est plus puissante que l'obscurantisme. Les graines de la terreur ont beau être semées, elles ne fleurissent jamais. Jamais.

    (Illustration prémonitoire de Charb provenant du site liberation.fr http://www.liberation.fr/societe/2015/01/07/charb-le-visage-pale-et-perdu-d-un-enfant-triste_1175450)

  • Les destins enchevêtrés de l'Amérique et de l'Europe

    L'Amérique, c'est aussi notre histoire

    Tour & Taxis (Bruxelles) jusqu'au 9 mai 2011

    IMG_3505.jpgSi, comme moi, vous êtes un afficionado des Etats-Unis, l'exposition actuellement visible à Tour & Taxis ne vous apprendra probablement pas grand chose Elle ne dépaysera pas non plus ceux qui fouleront, un jour ou l'autre, le sol américain. C'est que la terra n'est pas si incognita que ça.

    L'Amérique, c'est un peu le miroir de l'Europe mais c'est aussi, à certains égards, son miroir aux alouettes. Europe et Amérique partagent des bouts d'histoire commune et  une relation ambivalente, pétrie d'élans love/hate. Amour parce que l'Amérique, c'est le souffle de liberté et d'audace qui manquait au vieux continent, c'est la terre du nouveau départ. C'est la patrie soeur prête à sacrifier ses enfants pour la libération de ses cousins européens. Haine parce que ses excès agacent, du puritanisme au maccarthysme en passant par les dérives de son capitalisme financier. Adulée ou honnie, l'Amérique demeure, pour l'Europe, la terre de toutes les promesses, et une possible vision de son futur. L'Amérique a beau être ce qu'elle est, l'Europe finit toujours par s'en inspirer. A tort ou à raison.

    IMG_3533.jpgL'exposition à Tour & Taxis n'a pas vraiment choisi la carte de l'originalité. Elle a toutefois l'avantage d'être accessible et de rythmer l'aspect narratif par l'apport d'installations d'artistes européens et américains. Mais elle ne se départit pas des habituels clichés : Amérique, terre du fast-food et des parcs d'attractions, de Hollywood et de la conquête spatiale, accablée par un passé tissé de génocide, d'esclavage, de racisme, mais aussi marquée par son génie, ses conquêtes et ses inventions. 

    En outre, l'expo pèche par son manque de vigilance dans le détail... Des erreurs grossières font grincer les dents du visiteur un tant soit peu attentif : Alfred Einstein au lieu d'Albert Einstein,  San Fransisco pour San Francisco, ou encore Dennis Hopper (acteur et réalisateur décédé l'an passé) au lieu d'Edward Hopper, peintre des "oiseaux de nuit" ("Nighthawks")...

    Susceptible d'intéresser un large public familial, l'exposition multiplie les accroches et les poncifs. Elle transporte le visiteur dans des atmosphères, suscite tour à tour l'émotion, l'indignation, l'amusement, la tendresse, la rêverie. Les sourires en coin aussi lorsqu'on aborde l'époque moderne à travers ses décennies cultes : les 60's et sa barbie hippie, les 70's et ses séries télévisées inoubliables... "L'Amérique, c'est aussi notre histoire" ne soulève qu'un pan de la toge de la Statue de la Liberté... On aurait sans doute aimé en voir un peu plus...

    Nad © (Photos de presse © www.europe-usa.be)

    Jusqu'au 9 mai 2011, Site de Tour & Taxis, 86 C avenue du Port à 1000 Bruxelles.

    Informations : 32 2 549 60 49

    info@expo-europe-usa.be

    www.expo-europe-usa.be