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  • Pirater, c'est emprunter : ce n'est pas moi qui le dis, c'est un auteur piraté !

    Je ne me risquerai pas à faire l'apologie du téléchargement illégal. Il est des sujets sensibles qui fâchent. Allez savoir pourquoi on peut être considéré comme un dangereux criminel pour avoir enfreint le droit d'auteur...

    La copie illégale d'oeuvres protégées par le droit d'auteur, est frappée d'une sanction qui oscille entre 500 et 500.000 € et/ou une peine de prison de 3 mois à 2 ans. Sans compter les éventuels dommages et intérêts qui peuvent être réclamés en sus. Fin 2009, la BAF (lisez Belgian Anti-Piracy Federation) flanquait une gifle à un sexagénaire qui écopait de 15 mois de prison pour piratage de film et devait à la BAF des dommages et intérêts de près de 30.000 €. C'est qu'on ne rigole pas avec le droit d'auteur. Ici et ailleurs.

    Les couvertures glacées des magazines people ont beau nous abreuver des excès en tous genres des parvenus du show business. Johnny Hallyday a gagné, l'an passé, 11 millions d'euros. Yannick Noah a écoulé 400.000 exemplaires de son CD "Frontières". Mylène Farmer a vendu 250.000 DVD de son "Stade de France" et presque autant de CD "Bleu Noir". U2 a engrangé 130 millions de dollars, AC/DC, 114 et Lady Gaga a amassé la coquette somme de 62 millions d'euros grâce aux ventes de son album ainsiqu'au succès de sa tournée. Fort bien. J'arrête ici. Il y a bien entendu tous ces artistes qui triment à mort et demeurent des crève-la-faim - la majorité sans doute - mais ce ne sont pas leurs oeuvres qu'on s'arrache sur les sites de p2p.

    Les procès pour piratage donnent toujours l'amère impression que les "victimes" - majors, sociétés de défense des droits d'auteur - récupèrent souvent plus qu'une indemnisation symbolique et que les "coupables", parfois d'honorables citoyens n'ayant jamais rien eu à se reprocher auparavant, passent du jour au lendemain du statut de respectables à bandits de grand chemin virtuel.

    "Le piratage fait vendre" (Neil Gaiman)

    Le piratage serait-il responsable de tous les maux actuels ? Menacerait-il la liberté d'expression par la même occasion ? Pas si sûr.

    Sur http://zine.openrightsgroup.org/features/2011/video:-an-interview-with-neil-gaiman , l'auteur britannique Neil Gaiman, très célèbre dans les pays anglo-saxons pour ses livres de science-fiction et ses oeuvres fantastiques, livre une audacieuse interview à un journaliste du site ORG Zine (Open Rights Group : un groupe indépendant d'origine britannique qui milite pour la protection des données sur Internet). En substance, il affirme que le piratage lui a permis de tripler la vente d'un de ses livres !

    Echanger des livres électroniques sur Internet, c'est semblable à prêter un bouquin à un ami. En Russie où sa littérature se retrouve surtout sur les plateformes d'échanges, sa renommée s'est d'ailleurs répandue telle une traînée de poudre. Un jour alors qu'il donnait une conférence, il a demandé au public de s'exprimer sur son écrivain favori. La majorité a admis que la découverte d'un auteur s'est faite grâce au prêt d'un livre par un ami. Seule une minorité (5 à 10 %) a repéré son auteur favori en poussant la porte d'une librairie.

    Neil Gaiman a poursuivi l'expérience en persuadant son éditeur de mettre son roman "Les dieux américains" en téléchargement gratuit. Ce qui n'a guère empêché les ventes en magasin de progresser. "C'est de la publicité", déclare-t-il. Lorsqu'on a mis l'eau à la bouche d'un internaute, il achète le livre (ou le CD ou le DVD) parce qu'il devient fan. S'il n'aime pas, il n'aurait de toutes façons pas été acheteur. CQFD. Le piratage gonflerait-il donc les ventes ? Pirater équivaudrait-il à emprunter ? Un raccourci que Neil Gaiman, lui, a osé... emprunter.

             

         

  • Sans vieux papiers, moins d'émotions

    livre, vieux, rare, ancien, internet, web, roman, passé, papier, digital, toucher, page, fantôme, moisi, naphtaline, grenier, bouquin, ouvrage, reliure, littérature, Internet a certes changé mon rapport au livre. Le temps que je consacrais autrefois à la lecture gourmande a progressivement été englouti par l'irrésistible attrait exercé par cette médiathèque digitale aux possibilités illimitées.

    Et cependant, plus Internet prenait de la place dans mon quotidien, plus je m'attachais aux livres poussiéreux. Oubliés au fond d'un grenier. Qui sentent le moisi et la naphtaline. Ces ouvrages avaient vécu et semblaient reprendre une nouvelle bouffée d'existence, une fois la poussière soufflée et les toiles d'araignée balayées.

    La satisfaction immédiate, la facilité, l'efficacité du produit présentent bien entendu des avantages indéniables. Cependant, plus je surfe au creux de la vague Internet, plus j'y perds en profondeur, plus je me prive des bienfaits de la lenteur. Ma passion pour la lecture s'émoussait peu à peu mais la nécessité du contact physique avec le livre demeurait.

    livre, vieux, rare, ancien, internet, web, roman, passé, papier, digital, toucher, page, fantôme, moisi, naphtaline, grenier, bouquin, ouvrage, reliure, littérature, Palper un vieux livre, c'est toucher le passé du bout du doigt et de l'âme. Le papier jauni a préservé ses fantômes et les dégage lorsqu'on tourne ses pages écornées. C'est comme si le parfum entêtant d'une rose fanée s'enroulait en volutes autour de votre index inquisiteur. Comme si des sensations anciennes glissaient soudain sous votre épiderme pour atteindre vos nerfs et se répandre dans votre corps doucement habité par les esprits du passé.

    livre, vieux, rare, ancien, internet, web, roman, passé, papier, digital, toucher, page, fantôme, moisi, naphtaline, grenier, bouquin, ouvrage, reliure, littérature, Si j'aime renifler les pages d'un ouvrage neuf, j'avoue que le prix exorbitant de l'objet a fini par me décourager. Je préfère de loin les livres anciens aux prix doux qu'on exhume encore dans certaines bouquineries. Le voyage dans le temps commence au fond de ces éditions au charme désuet. 

    Aucun clavier au monde n'est capable de transmettre cette sensation unique, étrangement voluptueuse. Lorsque le livre de papier aura disparu, quelques vieux bouquins rares demeureront, tels des pièces de musée, des vestiges d'une époque où la littérature se déclinait sur des supports odorants et délicats, et où la littérature supposait goût des mots et réflexion.

     

  • Le petit livre bleu : pas de salsepareille pour Antoine Buéno

    Pix253.jpgLa publication du "Petit livre bleu" en juin dernier a provoqué quelques remous dans les médias voire une volée de bois vert chez les aficionados des petits lutins bleus. Pas de quoi fouetter un schtroumpf cependant... L'auteur Antoine Buéno annonce la couleur : son analyse est farcie d'ironie et n'a rien d'un pamphlet contre l'oeuvre de Peyo.

    La société des schtroumpfs serait ainsi un archétype d'utopie totlitaire empreint de stalimisme et de nazisme. Les mots sont ronflants et pourraient dissuader plus d'un lecteur potentiel et pourtant, la lecture de cet opus est jubilatoire.

    Bien sûr, Antoine Buéno pousse le bouchon un peu trop loin mais j'avoue que la caricature tient la route, son argumentation et sa logique étant implacables. Ce maître de conférences à Sciences Po connaît bien l'art de la dialectique et fournit là un livre extrêmement fouillé autant que bourré d'humour.

    Bien que friande de bandes dessinées, je n'ai jamais été fan des schtroumpfs mais le "Petit livre bleu" me donne l'envie de lire les BD dans la chambre de mon fils. Pas pour décrypter les aventures des schtroumpfs avec les lunettes déformantes de Buéno mais pour m'offrir une tranche de fraîcheur mentholée car c'est ainsi qu'il faut lire les schtroumpfs. Sans plus. 

    Iinvité d'un repas chez son ami Franquin, Thierry Culliford, alias Peyo demande au créateur de "Gaston Lagaffe" de lui passer le sel mais le mot lui échappe. "Passe-moi le... schtroumpf!" s'exclame-t-il. Un mythe est né. Un monde rempli d'innocence, de légèreté, de bonne humeur, une société fleur bleue, un monde parfait uniquement troublé par les agissements machiavéliques de Gargamel et de son chat Azraël... Vraiment?

    Pas pour Buéno qui taxe cette communauté gentillette d'antisémite (Gargamel serait la caricature du juif version propagande stalinienne ou hitlérienne et le nom de son chat évoque Israël), de phallocrate (la schtroumpfette n'est-elle pas une créature de Gargamel conçue pour détruire le village peuplé de mâles?), de raciste (les schtroumpfs virent au noir et reviennent à l'état sauvage lorsque le village est touché par une épidémie), de totalitarisme (la figure paternaliste du Grand Schtroumpf cache mal les rouages d'un pouvoir absolu qui fustige la désobéissance, le suffrage "universchtroumpf", l'intellectualisme,...), de... Assez! Tiré par les cheveux, tout ça? Sûrement mais l'analyse vaut la peine qu'on s'y schtroumpfe.

    La communauté des schtroumpfs n'est décidément pas un monde de Bisounours, selon Buéno dont les accents sarcastiques risquent de briser le rêve des admirateurs de l'oeuvre de Peyo. Si vous êtes donc un inconditionnel des schtroumpfs, évitez ce petit livre bleu à la couverture aussi douce que des fesses de bébé schtroumpf... Que le Grand Schtroumpf me croque si je schtroumpfe.   

  • L'important vaut tout l'or du monde mais il ne se négocie pas

    Renifler l'herbe fraîchement fauchée, caresser les pages jaunies d'un livre oublié, écouter mon chat ronronner, fermer les yeux pour mieux sentir les émotions, s'envelopper d'amour. Voilà ce qui est important pour moi.