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  • "Les années douces" : quand l'éphémère touche l'éternité

    Jiro Taniguchi, Japon, manga, les années douces, amour, Taniguchi est un orfèvre du manga. Cet artiste a le don de ralentir la course du temps, de figer les meilleurs moments du quotidien. Il étire avec virtuosité les instants éphémères jusqu'à ce qu'ils donnent l'impression de durer une éternité...

    Dans "L'homme qui marche", il  s'attarde, avec l'élégance et la douceur qui caractérisent sa narration, sur les flâneries d'un homme. La saveur du quotidien passe aussi par les papilles du "Gourmet solitaire", une alléchante virée dans les gargotes des quartiers populaires japonais, où chaque plat est prétexte à des impressions, des réminiscences.

    Avec "Les années douces", Taniguchi signe un nouveau chef d'oeuvre imprégné de pudeur, de retenue bien asiatiques. Tiré d'un roman de Hiromi Kawakami, le récit ne se départit pas de l'atmosphère zen qui drape l'oeuvre de Taniguchi. 

    Tsukiko, une trentenaire célibataire rencontre, dans un café, celui qui fut son "maître" en japonais. Il est vieux et veuf, aussi solitaire et singulier qu'elle. Les rendez-vous se multiplient, au gré du hasard. Leur complicité est patente, leur interdépendance, de plus en plus marquée. Tsukiko n'ose pas se l'avouer et pourtant, c'est clair et pur comme de l'eau de roche : il y a plus que de l'affection entre ces deux-là. Les sentiments se révèlent tout en lenteur, tout en légèreté, tout en subtilité. Et c'est ce qui donne à ce manga toute son intensité.

    Jiro Taniguchi, Japon, manga, les années douces, amour, l'homme qui marche, le gourmet solitaire, festival d'angoulême, alph'art, sushi Il ne s'y passe rien d'hors du commun. Les dialogues sont parcimonieux, la ligne est claire et esthétique. Le non-dit remplit l'espace. Et pourtant, la limpidité du récit, la beauté toute simple des émotions vous poussent à tourner les pages avec avidité.

    Pour prolonger le plaisir, on se prendrait presque à freiner son rythme de lecture. On musarde de planche en planche. On collecte les émotions comme on part à la cueillette aux champignons. On  s'imbibe d'une ambiance éthérée qui nous élève.

    Depuis Taniguchi, le manga a gagné le respect et le dessin devient littérature. Les deux tomes des "Années douces" le démontrent encore de façon éclatante. ©

  • "une sacrée mamie" : un sacré manga

    Une-sacrée-mamievol1.jpgIl n'est pas si éloigné que ça le temps où le manga avait mauvaise presse. Le manga était à la littérature ce que la malbouffe était à la gastronomie. En quelques années, le manga -même s'il est encore peu connu et injustement déprécié dans certains milieux- a acquis quelques lettres de noblesse grâce au graphisme élégant et aux scénarios élaborés d'un auteur comme Jiro Taniguchi. Pour l'amateur de BD plutôt classiques que je suis, le trait délicat et juste, la sincérité des émotions, bien dosées, constituent les ferments d'une bonne bande dessinée. Une conception sans doute très occidentale mais que de plus en plus de mangakas adoptent avec un talent étourdissant.

    J'avoue. J'ai craqué pour "une sacrée mamie" de Saburo Ishikawa et Yoshichi Shimada. L'histoire vous instille des milliers de gouttes de fraîcheur et d'innocence bienvenues par les temps qui courent. Mais pas seulement ça. "une sacrée mamie" est, en fait, un roman autobiographique qui vous arrache les tripes et le coeur par la simplicité de son propos.

    Akihiro est un gamin de 8 ans, remuant mais plus ou moins heureux. malgré les soucis de sa mère. Bien en peine de joindre les deux bouts, seule avec ses deux fils, sa mère se voit contrainte de confier Akihiro, le cadet à sa mère qui vit à la campagne. Le bonhomme est littéralement propulsé dans un train par sa mère, et débarque dans un univers rural où ses repères urbains sont brouillés. C'est sans compter sur une grand-mère pas comme les autres, Osano dont le caractère trempé d'une large dose d'humour et d'amour-propre, vient à bout des situations les plus inextricables. La nature et le hasard lui offrent leurs bienfaits, sans contrepartie. Non loin de la maison, la rivière apporte au gré de ses flots, les fruits et légumes flétris dont les maraîchers se débarrassent en amont. "une sacrée mamie" est un désaltérant voyage vers l'enfance, tout en tendresse, tout en subtilités, tout en demeurant universel. Point n'est besoin d'être Japonais pour apprécier le récit. L'enfance est un territoire commun, un pays qui nous relie, et Ishikawa l'a magistralement compris.  

    Bourré de générosité, d'intelligence et de bons sentiments qui sont tout sauf dégoulinants, "une sacrée mamie" est une belle entrée en manga pour qui veut s'essayer aux bulles japonaises. A mettre d'urgence entre toutes les mains et à consommer sans modération pour préserver sa capacité à s'émerveiller.  ©