roman

  • Sans vieux papiers, moins d'émotions

    livre, vieux, rare, ancien, internet, web, roman, passé, papier, digital, toucher, page, fantôme, moisi, naphtaline, grenier, bouquin, ouvrage, reliure, littérature, Internet a certes changé mon rapport au livre. Le temps que je consacrais autrefois à la lecture gourmande a progressivement été englouti par l'irrésistible attrait exercé par cette médiathèque digitale aux possibilités illimitées.

    Et cependant, plus Internet prenait de la place dans mon quotidien, plus je m'attachais aux livres poussiéreux. Oubliés au fond d'un grenier. Qui sentent le moisi et la naphtaline. Ces ouvrages avaient vécu et semblaient reprendre une nouvelle bouffée d'existence, une fois la poussière soufflée et les toiles d'araignée balayées.

    La satisfaction immédiate, la facilité, l'efficacité du produit présentent bien entendu des avantages indéniables. Cependant, plus je surfe au creux de la vague Internet, plus j'y perds en profondeur, plus je me prive des bienfaits de la lenteur. Ma passion pour la lecture s'émoussait peu à peu mais la nécessité du contact physique avec le livre demeurait.

    livre, vieux, rare, ancien, internet, web, roman, passé, papier, digital, toucher, page, fantôme, moisi, naphtaline, grenier, bouquin, ouvrage, reliure, littérature, Palper un vieux livre, c'est toucher le passé du bout du doigt et de l'âme. Le papier jauni a préservé ses fantômes et les dégage lorsqu'on tourne ses pages écornées. C'est comme si le parfum entêtant d'une rose fanée s'enroulait en volutes autour de votre index inquisiteur. Comme si des sensations anciennes glissaient soudain sous votre épiderme pour atteindre vos nerfs et se répandre dans votre corps doucement habité par les esprits du passé.

    livre, vieux, rare, ancien, internet, web, roman, passé, papier, digital, toucher, page, fantôme, moisi, naphtaline, grenier, bouquin, ouvrage, reliure, littérature, Si j'aime renifler les pages d'un ouvrage neuf, j'avoue que le prix exorbitant de l'objet a fini par me décourager. Je préfère de loin les livres anciens aux prix doux qu'on exhume encore dans certaines bouquineries. Le voyage dans le temps commence au fond de ces éditions au charme désuet. 

    Aucun clavier au monde n'est capable de transmettre cette sensation unique, étrangement voluptueuse. Lorsque le livre de papier aura disparu, quelques vieux bouquins rares demeureront, tels des pièces de musée, des vestiges d'une époque où la littérature se déclinait sur des supports odorants et délicats, et où la littérature supposait goût des mots et réflexion.

     

  • "Les années douces" : quand l'éphémère touche l'éternité

    Jiro Taniguchi, Japon, manga, les années douces, amour, Taniguchi est un orfèvre du manga. Cet artiste a le don de ralentir la course du temps, de figer les meilleurs moments du quotidien. Il étire avec virtuosité les instants éphémères jusqu'à ce qu'ils donnent l'impression de durer une éternité...

    Dans "L'homme qui marche", il  s'attarde, avec l'élégance et la douceur qui caractérisent sa narration, sur les flâneries d'un homme. La saveur du quotidien passe aussi par les papilles du "Gourmet solitaire", une alléchante virée dans les gargotes des quartiers populaires japonais, où chaque plat est prétexte à des impressions, des réminiscences.

    Avec "Les années douces", Taniguchi signe un nouveau chef d'oeuvre imprégné de pudeur, de retenue bien asiatiques. Tiré d'un roman de Hiromi Kawakami, le récit ne se départit pas de l'atmosphère zen qui drape l'oeuvre de Taniguchi. 

    Tsukiko, une trentenaire célibataire rencontre, dans un café, celui qui fut son "maître" en japonais. Il est vieux et veuf, aussi solitaire et singulier qu'elle. Les rendez-vous se multiplient, au gré du hasard. Leur complicité est patente, leur interdépendance, de plus en plus marquée. Tsukiko n'ose pas se l'avouer et pourtant, c'est clair et pur comme de l'eau de roche : il y a plus que de l'affection entre ces deux-là. Les sentiments se révèlent tout en lenteur, tout en légèreté, tout en subtilité. Et c'est ce qui donne à ce manga toute son intensité.

    Jiro Taniguchi, Japon, manga, les années douces, amour, l'homme qui marche, le gourmet solitaire, festival d'angoulême, alph'art, sushi Il ne s'y passe rien d'hors du commun. Les dialogues sont parcimonieux, la ligne est claire et esthétique. Le non-dit remplit l'espace. Et pourtant, la limpidité du récit, la beauté toute simple des émotions vous poussent à tourner les pages avec avidité.

    Pour prolonger le plaisir, on se prendrait presque à freiner son rythme de lecture. On musarde de planche en planche. On collecte les émotions comme on part à la cueillette aux champignons. On  s'imbibe d'une ambiance éthérée qui nous élève.

    Depuis Taniguchi, le manga a gagné le respect et le dessin devient littérature. Les deux tomes des "Années douces" le démontrent encore de façon éclatante. ©